Après Histoire du Soldat en 2018, La Dame de la mer en 2020 et Cyrano en 2024, Bastien Blanchard et Olivier Kessi s’attaquent à la célèbre comédie de Molière, en mêlant une fois encore théâtre et musique jouée en direct.
Arnolphe, qui préfère qu’on l’appelle Monsieur de la Souche, se moque volontiers des maris trompés de sa ville. Persuadé d’avoir trouvé la parade, il a fait élever la jeune Agnès dans l’ignorance, au couvent puis enfermée chez lui, afin d’en faire une épouse docile. Mais pendant son absence, un jeune homme, Horace, est venu lui faire la cour. Et c’est de la bouche même d’Horace, qui ignore tout du double nom de son rival, qu’Arnolphe apprend ses exploits.
Une comédie, pour faire rire, sur des thèmes qui n’ont rien perdu de leur actualité : l’enfermement, le pouvoir par l’ignorance et le patriarcat.
Votre sexe n’est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la toute-puissance.
Arnolphe à Agnès, acte III, scène 2
Un cœur sous verre
Arnolphe réduit Agnès à la bêtise dans le seul but d’en faire son épouse. Or c’est le contraire qui arrive : en écoutant son cœur, elle choisit Horace plutôt que son vieux protecteur. Molière oppose la naïveté du cœur au calcul de l’esprit, et nous dit qu’un cœur pur ne se laisse pas enfermer.
Au centre du plateau, la chambre d’Agnès sous une cage de verre : le public voit à l’intérieur, les personnages ne voient pas dehors. Autour, le théâtre brut, murs apparents. Et quand Agnès doit sortir, tout plonge dans le noir, comme le monde effrayant que lui dépeint Arnolphe.
Pour la fin, la compagnie écarte le deus ex machina : l’issue heureuse sera le fruit du combat d’Agnès pour sa liberté, et non la décision d’un énième vieux bourgeois.
Une musique à deux visages
Deux musicien·ne·s sur scène, au piano-synthétiseur, aux percussions et aux clarinettes et saxophones, jouent aussi les domestiques d’Arnolphe. Marionnettistes sonores, ils entretiennent le miroir tordu dans lequel vit Agnès grâce à l’électronique : réverbérations, lo-fi, delays et pédales d’effets.
Face à ces ambiances texturées, des chansons pour Agnès, simples et touchantes, dans la lignée assumée de Kurt Weill et de Hanns Eisler. À la dernière scène, l’électronique se tait : les instruments retrouvent leur son naturel, et le brouillard se dissipe.
Distribution
Mise en scène et adaptation
Bastien Blanchard
Composition et direction musicale
Olivier Kessi
Jeu
Bastien Blanchard, Judith Goudal, Jérôme Sire
Musique
Olivier Kessi, Vivien Hochstätter
Scénographie
Cornélius Spaeter
Costumes
Samantha Landragin
Création lumière
en cours de distribution
La Frei Körper Kompanie
La Frei Körper Kompanie a été créée en 2020 par Olivier Kessi et Bastien Blanchard. Amis d’enfance, l’un est musicien, l’autre comédien.
Ensemble, ils ont participé à plusieurs projets et ont créé en 2018 à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates l’Histoire du Soldat, de C.F. Ramuz et Igor Strawinsky.
En 2020, ils créent La Dame de la mer d’Ibsen à Plan-les-Ouates. Bastien était à la mise en scène et Olivier à la composition musicale.
Enfin, en 2024, ils adaptent Cyrano dans une version réduite et musicale.
Frei Körper Kompanie signifie en français la compagnie du corps libre. Trois mots au centre de leurs préoccupations. Tout d’abord, la liberté : liberté de créer, liberté d’imaginer ou liberté d’inventer de nouvelles manières de faire dialoguer texte et musique, corps et son, le visible et l’invisible. Ensuite, il y a le corps. Le corps des comédiens, bien sûr, mais également le corps des musiciens qu’ils ne veulent pas cacher, dans une fosse ou ailleurs. Les musiciens et les comédiens se partagent le plateau afin de raconter une histoire ensemble.